Apr 10, 2012
Clement Viktorovitch

Le choix des armes : Marine Le Pen

Avec “Le choix des armes“, Aequivox vous propose de décoder, en vidéo, le procédé rhétorique favori de chacun des candidats à l’élection présidentielle de 2012.
Découvrez ici Marine Le Pen, et son arme de choix : l’hypotypose.


Retrouvez également les autres épisodes de notre série “Le choix des armes”.


8 Comments

  • Debut

    Bien le bonjour, je me fais l’avocat du diable en défendant la tête d’un parti au combien manipulateur jouant exclusivement ou presque sur la peur la haine etc….
    j’étais traditionnellement de gauche, bon jusque là, ça va.
    et un beau jour où notre belle Union Européenne sombrait dans les ténèbres, je me suis demandé… pourquoi ?
    apparament c’était la dette. Nos élites politiques avec leurs prestance admirable omettent encore aujourd’hui de nous dire qu’il votent chaque année le budget de notre état, et qu’il est en déséquilibre. je me l’étais pas demandé jusqu’a maintenant. et c’est en écoutant ce démon prospérant dans ce chaos à venir que cette question est apparu, puis une autre
    Pourquoi pouvons nous être patriote uniquement dans le sport sans être traité de rasciste etc… Puis beaucoup d’autre, et quelques idées comme celle d’assumer notre passé coloniale en permettant à nos anciennes colonies d’avoir des dirigeants qui aurait pour but de faire prospérer leur peuple et non de laisser des entreprise française piller leur terres.
    ce serait a mon avis une bonne réponse pour l’immigration, pas empécher les gens de venir mais faire en sorte qu’ils soient mieux sur les terres de leurs ancêtres.

    Fin

    si quelqu’un veut commenter ce commentaire X) peut-il aussi émettre un avis sur la forme bien que ce ne soit pas très très riche

  • D’abord , merci pour votre travail bénévole.

    Je trouvais qu’il manquait deux choses sur internet a propos de la politique ; La première c’est une analyse neutre des discours politiques (maintenant c’est fait j ‘ai trouvé ;-) , et la deuxième c’est l’analyse des programmes politiques , et ça j’ai pas encore trouvé…

    Bonne continuation.

  • Bonjour,

    Vos analyses sont passionnantes, on attend la suite avec impatience. Il y aurait peut-être un autre angle intéressant pour aborder le cas rhétorique Marine Le Pen. Laissez-moi vous le proposer dans un langage profane que vous traduirez.

    Il y avait traditionnellement dans cette extrême droite-là une dimension viriliste très importante, que vous soulignez à propos du débat entre JM Le Pen et Tapie. Je crois que ce virilisme, cet éthos de la la domination physique n’était pas qu’une rhétorique, mais la texture même de l’idéologie d’extrême droite (j’exprime cela très maladroitement). Vous soulignez justement dans votre analyse le recours à des procédés visant à créer la peur. J’ajouterais que, traditionnellement, ces procédés sont une seule des deux faces du discours de l’extrême droite, la deuxième étant précisément l’éthos viril qui permet de se poser en protecteur à la fois brutal et rassurant.

    Le passage à une figure féminine implique donc des changements de réthorique dont il est intéressant de voir les effets sur l’idéologie. Le cas français n’est pas isolé : on trouverait un peu partout en Europe, dans la période récente, des partis d’extrême droite se choisissant des messagers féminins, gays…

    Dans le positionnement réthorique de Marine Le Pen, le problème posé par l’abandon de l’éthos viril ne me semble pas encore résolu. Il suffit d’écouter les multiples déclarations du père sur sa fille, qui reviennent toujours au problème de la masculinité : elle est bien, mais quand même “elle n’en a pas”, il faudrait créer des “usines à couilles”, etc. Le vieux renard a peut-être compris le problème, qui est que son message n’est pas un message génériquement neutre : porté par une femme, il ne fonctionne plus . Marine Le Pen peut encore créer la peur, comme vous le montrez dans la vidéo ; mais cette peur crée un mouvement qui n’est pas résolu par l’interposition du corps viril – et voici son positionnement politique fragilisé car la trame peur/protection de son discours est détricotée.

    Je suis curieux d’avoir votre point de vue sur ces hypothèses.

    Bien cordialement

    Marc

  • Cher M. Viktorovitch,

    Vous avez raison, je ne peux nier un attachement à la rhétorique littéraire, et il est vrai que j’ignore toutes les autres formes plus pertinentes de rhétorique : la rhétorique astronomique, gastronomique, mathématique, quantique, arithmétique, mécanique, etc. (je crois qu’il y a même une rhétorique footballistique)…

    Il n’existe pas d’obsession classificatoire dans l’effort de distinction de notions différentes servant à une clarification des procédés et l’analyse de leur nuances, de leurs propriétés respectives. Toute science commence par une classification, et une science qui abandonne les classifications ne veut plus rien dire.

    Ainsi, si diatypose et hypotypose sont différentes, je n’ai pas laissé entendre qu’elles l’étaient complètement. Votre confusion terminologique vous pousse justement à mal interpréter ce que j’ai dit, qui n’était en l’occurrence qu’une précision. Il reste que si l’on veut étudier en profondeur les discours des politiques, et qu’on commence à employer un vocabulaire spécialisé, il faut aller jusqu’au bout.

    Je ne suis nullement opposé à l’inclusion de figures dans des catégories larges, mais lorsqu’une catégorie est plus significative qu’une autre, l’évidence s’impose. Le premier extrait présente une allégorie, figure de rhétorique orale typique, à l’opposé de l’hypotypose, qui concerne davantage les récits écrits, et qu’on trouverait difficilement dans un discours politique. Votre objectif d’analyse des effets argumentatifs n’a selon moi rien de nouveau par rapport à la rhétorique classique, et l’allégorie permettait une analyse tout aussi pertinente de ce point de vue, d’où ma remarque.

    Si vous prenez une allégorie pour une hypotypose, non seulement vous éloignez les citoyens d’une figure plus connue (allégorie) pour une figure bien moins connue (hypotypose), mais vous perdez l’intérêt d’une telle figure de personnification. Le public n’a pas la scène ou l’objet sous les yeux, mais s’imagine mentalement un objet inanimé sous les traits d’une personne, dont il peut partager les émotions. Cela n’a rien à voir. L’hypotypose a précisément moins d’intérêt émotionnel que l’allégorie ou même la diatypose (frappante), elle aurait plutôt un intérêt fictionnel, mimétique (en terme de littérature).

    Au sujet de la transmissions des émotions, je parlais bien sûr des orateurs politiques, notamment en période électorale. Pour le reste, je suis d’accord.

    J’adore les controverses et dès que j’ai vu le mot hypotypose, je me suis rué sur l’occasion !

    J’apprécie par ailleurs vos vidéos, continuez.

    Bien à vous,

    M.

    • Merci pour cette réponse, dont je goute davantage le ton que celui de votre précédent message.

      Soyez rassuré, je n’entretiens aucune confusion entre hypotypose et diatypose. Au contraire : je trouve justement qu’il y a là une parfaite illustration de la frénésie classificatoire stérile dans laquelle s’est enfermée la rhétorique pendant cinq siècle. On définit généralement la diatypose comme « une forme courte et ramassée d’hypotypose ». Je pose donc cette question : avait-t-on réellement besoin d’un nouveau mot ? Y a-t-il vraiment des effets argumentatifs différents dans les deux cas ? Ne pouvait-on pas se contenter d’un qualificatif – « hypotypose réduite », par exemple ? Et surtout, si l’on prend ce chemin, où se situe la limite ? A partir de combien de mots une diatypose devient-elle une hypotypose ? On voit bien à quelles absurdités mène ce rigorisme de la typologie stylistique, qui produit beaucoup de glose, mais strictement aucune connaissance.

      Je m’étonne de vous voir comparer rhétorique pérelmanienne et « rhétorique footballistique ». Votre ironie trahit visiblement une méconnaissance de l’œuvre de Chaïm Perelman. Pourtant, son Traité de l’argumentation, sous-titré à juste titre La nouvelle rhétorique, est probablement l’ouvrage le plus important pour la théorie de l’argumentation depuis l’Institutio Oratoria de Quintilien. Michel Meyer lui-même (professeur invité au Collège de France) en dit dans son dernier ouvrage (op.cit.) : « La grande révolution en rhétorique durant le XXè siècle aura été, de l’avis de tous, celle qu’a accomplie Chaïm Perelman. On le lira dans les siècles à venir, comme on lit encore Cicéron ou Quintilien ».

      Quant à votre définition de la science, elle me semble largement relever d’un positivisme étroit, dans la grande tradition d’Auguste Comte. Fort heureusement, en un siècle et demi, l’épistémologie des sciences sociales s’est tout de même quelque peu étoffée.

      Sur une note plus constructive : bien entendu, l’érudition pousse à rechercher la plus grande précision possible dans l’analyse. Je ne pourrais nier qu’il s’agit là d’une tentation à laquelle je suis également soumis. Je serais d’ailleurs heureux de débattre avec vous, au détour d’un colloque ou d’un séminaire de recherche, des variations argumentatives induites par l’usage différenciée d’une hypotypose et d’une allégorie. Mais, soyons honnêtes : les citoyens s’en fichent, et ils ont bien raison. La véritable question, c’est : « de quels outils avons-nous besoin pour décrypter les principaux procédés utilisés par les orateurs sur l’espace public ? ». Les exigences de la pédagogie font le reste : la démonstration doit tenir en une vidéo de moins de six minutes. Si pour cela je suis amené à procéder à quelques approximations terminologiques, eh bien qu’il en soit ainsi – et tant pis pour les quelques érudits, dont les oreilles ne manqueront pas de siffler. Je leur fait d’ailleurs toute confiance pour apporter les précisions manquantes… par voie de commentaire !

      Merci pour cette controverse, qui aura eu l’immense mérite de m’amener à préciser le sens de notre démarche !

  • Je réfute : il ne s’agit selon moi pas d’hypotypose, en tout cas pas vraiment pour la plupart des extraits cités. Il y a des accumulations de métaphore, des figures de diction (banques/bandes = paronomase, par exemple), et le premier extrait propose une allégorie du continent. Mais pas d’hypotypose (qui doit proposer une description d’une scène ou d’un objet de façon à le rendre quasiment sensible). L’allégorie de la première citation n’est pas une hypotypose puisqu’elle a pour but de donner une personnalité à un objet immense (un continent), en lui attribuant des comportements humains, mais pas une hypotypose (qui procéderait par exemple par description des paysages).
    L’analyse de la vidéo est-il spécialiste en rhétorique ? Cela m’étonnerait….
    Attention, il faut savoir de quoi l’on parle avant d’utiliser des mots savants ! N’hésitez pas à me consulter le cas échéant.

    Autres remarques :
    - exploiter le pathos n’a rien de spécialement hypotypique, puisque tout orateur classique doit se constituer un éthos et transmettre des sentiments.
    - certains exemples sont des diatyposes (description furtive qui donne expressivité et relief frappant au détail d’un tableau ou d’une scène, qui elle reste dans un certain flou). Dans le dernier extrait par exemple.
    - dire que Marine le Pen a un français riche et puissant est singulièrement naïf, puisqu’aucun homme politique n’écrit lui-même ses discours, qui sont rédigés par des conseillers à formation littéraire (que n’a pas MLP).
    - remarque politique enfin : MLP n’exploite pas plus les émotions que les autres politiques, elle associe simplement les émotions à un sentiment patriotique (traditionnel), tandis que les autres exploitent une idéologie de la tolérance et de la diversité (moderniste), ou globalement une éthique compassionnelle.

    Aucun problème pour débattre sur les points évoqués.

    • Cher Monsieur.

      Votre discours laisse transparaître un attachement à la rhétorique littéraire, qui s’est épanouie entre la renaissance et le XIXè siècle, et se caractérise avant tout par une obsession classificatoire à l’égard des figures du discours. En témoigne la distinction que vous vous sentez obligé d’introduire entre hypotypose et diatypose, et que Pierre Fontanier lui-même juge inutile (1).

      En ce qui nous concerne, nous nous situons dans la tradition pérelmanienne, qui ne s’intéresse pas aux figures de style pour elles-mêmes, mais pour l’effet argumentatif qu’elles produisent (2). Nous utilisons donc volontairement des catégories larges, pour regrouper sous un même terme des figures légèrement différentes il est vrai, mais aux effets largement identiques. L’immense majorité des citoyens n’a que faire de savoir si tel ou tel extrait est une allégorie descriptive plutôt qu’une hypotypose – exception faite de quelques rhétoriciens psychorigides. En revanche, il leur importe de pouvoir décoder l’effet argumentatif qui sous-tend l’emploie d’une telle figure.

      Pour le reste :
      - Vous nous avez mal compris. Nous n’avons jamais prétendu que l’utilisation du pathos était « spécialement hypotypique », mais au contraire que l’emploie de l’hypotypose s’inscrivait dans une utilisation du pathos. Ce dont, je suis sûr, vous conviendrez.
      - Je suis en partie d’accord avec votre dernière remarque, comme nous le précisons d’ailleurs explicitement dans notre vidéo. Marine Le Pen est loin d’être la seule à utiliser la dimension émotionnelle du discours politique, mais elle est probablement l’une de celle qui le fait avec la plus grande intensité, et surtout avec la spécificité de s’appuyer largement sur des hypotyposes.
      - Partir du principe que « tout orateur doit transmettre des sentiments » est erroné – dès lors bien sûr que l’on considère le pathos comme une classe d’arguments (comme le fait Pérelman, suivant en cela Aristote), et non comme une dimension du discours (à la manière de Michel Meyer) (3). A partir de là, de nombreuses entreprises de conviction ne mobilisent en rien les émotions de l’auditoire comme argument – en premier lieu les discours intégralement techniques (juridiques, économiques, etc…), qui se situent à la croisée de l’ethos et du logos.
      - « Aucun homme politique n’écrit lui-même ses discours » : c’est en grande partie faux. Peu écrivent intégralement leur discours, mais la majorité d’entre eux amendent les textes qu’on leur propose, parfois à la marge, parfois radicalement. Surtout, que les discours ait été écrits par Marine Le Pen, Louis Alliot ou Cicéron lui-même ne change rien : une fois prononcés, ils produisent des effets argumentatifs, qui sont alors susceptibles d’être analysés.

      Enfin, je ne résiste pas au plaisir de conclure en citant Figaro : « A pédant, pédant et demi »…

      (1) Pierre Fontanier, Les figures du discours, 1830.
      (2) Chaïm Perelman, Lucie Olbrechts-Tyteca, Traité de l’argumentation, 1958.
      (3) Michel Meyer, Principia Rhetorica, 2008.

  • Toute littérature véhicule un message précis présenté d’une belle manière en faisant grand usage de la rhétorique. Or la rhétorique, parce qu’elle sollicite exclusivement l’émotion ,à le pouvoir de forcer l’adhésion. A ce titre,ne devons-nous pas adopter la même attitude de méfiance vis à vis des poemes, des romans etc ?

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