Jan 29, 2012
Julie Picot-Touche

Quand deux François parlent aux Français

22 janvier 2012, le Bourget. François Hollande prononce son premier discours de campagne face à des milliers de militants et sympathisants du Parti Socialiste. Quelques heures à peine après cette intervention, l’analogie avec le discours de François Mitterrand 31 ans auparavant faisait la une des plateaux télévisés et de la presse. Qu’en est-il réellement ? Décryptage…  

Sur la forme d’abord : on retrouve la même fougue dans la prononciation du discours, la même gestuelle sur fond bleu – à l’heure où c’est le rose qui incarne le PS -, la même date à deux jours près – là où L. Jospin puis S. Royal avaient attendu février ou mars.

Voyons maintenant le fond. A trente et un ans d’intervalle, les mêmes idéaux et les mêmes valeurs : démocratie, solidarité, diversité, égalité, justice, dignité, respect; le même attachement à la République, à la France et aux Français : « je m’émerveille à connaître et aimer les gens » / « j’aime les gens ».
La même gravité face aux défis que doit relever la France, étrangement similaires d’ailleurs : le chômage, la crise économique, la place de la France dans le Monde.
Les mêmes lignes de force pour redresser le pays : industrialisation, éducation, recherche, décentralisation, écologie, égalité hommes-femmes, rassemblement.
La même verve contre le gouvernement en place (« pourquoi tant de pouvoir entre vos mains si c’est pour en faire un usage pareil ? » / « un seul mot résume cette présidence: la dégradation ») et le pouvoir du chef de l’état (« un président tout puissant qui a tout entre ses mains » / « refuser que tout procède d’un seul homme »).

Alors oui, en effet, des ressemblances entre F. Hollande et celui qui semble être son modèle pour avoir ouvert les portes de l’Elysée à la gauche, il y en a beaucoup. Mais pas uniquement…

Si F. Mitterrand critique ouvertement V. Giscard d’Estaing et R. Barre, F. Hollande ne prononcera jamais les noms de ceux qui dirigent notre pays, sans pour autant se priver de les blamer avec force allusions et ironie. Et surtout, là où F. Mitterrand se positionne d’emblée en chef de file qui dirige ses « soldats de l’harmonie » (« j’attends de vous… »), F. Hollande construit majoritairement son discours sur lui, sur son image.

F. Hollande parle donc de lui (« j’ai grandi en normandie dans une famille plutot conservatrice »), de son attachement à la gauche (« je suis socialiste, la gauche je ne l’ai pas reçue en héritage, il m’a fallu décider lucidement d’aller vers elle »), veut démontrer son sérieux et son sens des responsabilités (« présider la république, c’est à cette fonction que je me suis préparé »). En à peu près 80 minutes, F. Hollande aura prononcé plus de 100 fois le mot « je ».
Il aura par ailleurs usé et abusé de l’anaphore, cette répétition de mots en début de phrases qui se suivent, produisant un effet de renforcement du propos : « je suis venu vous parler de… », « présider la république, c’est… », « c’est pour l’égalité que je… », « c’est pour la justice que je… », « je veux une france de… ».

Cette stratégie discursive prend tout son sens, à l’heure où les médias de masse ont amené la communication politique à se focaliser sur la personne des candidats. C’était déjà le cas avec le candidat Sarkozy dans son discours de janvier 2007, dans lequel on retrouve d’ailleurs d’autres points communs avec F. Hollande : la proximité avec les militants (« mes chers amis »), un soupçon de pathos (« c’est avec émotion… », « ce secret que j’ai gardé depuis longtemps » / « un trésor caché au fond de mon coeur »), les mêmes références (à Camus, aux héros de la résistance , à la famille), etc.

La ressemblance est donc indéniable entre les deux candidats socialistes que trois décennies séparent. Pour autant F. Hollande a aussi su, en homme de son époque, s’adapter aux codes de la communication politique contemporaine.

Julie Picot-Touché


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