Sep 18, 2011
Thomas Litou

11 septembre, rhétorique de la jeunesse

10 ans après, 5 comédiens professionnels et 44 lycéens jouent la pièce de Michel Vinaver, « 11 septembre 2001 ». D’un théâtre en mouvement naît une expérimentation de la citoyenneté. A chaud, en 2001, Michel Vinaver collecte témoignages et articles sur l’effondrement des tours du World Trade Center et compose un assemblage de récits, texte choral, livrant un pur exercice de distanciation. 10 ans plus tard, à l’issue d’un travail pédagogique d’un an, des lycéens de Seine Saint-Denis se frottent à l’expérience théâtrale. Trois représentations au théâtre de la Ville, scène publique.

Revenir dix ans après sur un évènement déjà historique quand on ne l’a pas vécu ou à peine – trop petit pour s’en souvenir, trop petit pour en comprendre les images, trop petit pour en mesurer les conséquences – mais quand dans le même temps le monde dans lequel on a grandi en a été profondément bouleversé, est un exercice périlleux.Tous ceux d’entre nous qui en 2001 avaient plus de quinze ans se souviennent peu ou prou de ce qu’ils faisaient, avec qui et où. Lycéen aujourd’hui c’est avoir eu tout juste l’âge de raison à cette époque. Inviter cette génération à travailler sur un texte, à mettre de côté les scories d’une couverture médiatique, les représentations individuelles et collective, c’est, au fond, faire de la politique. Mettre en perspective les discours de George W. Bush et d’Oussama Ben Laden relève alors de l’analyse rhétorique. Le procédé auquel se livre Michel Vinaver met à distance réputation (ethos) et émotions (pathos) et appelle à la réflexion. Celle du spectateur bien sûr, mais celle aussi de ces comédiens éphémères. 44 sur des milliers, 44 d’une classe d’âge, qui auront eu la chance d’expérimenter la confrontation aux arguments (logos).

A l’heure des débats sans cesse reconduits sur l’éducation, sur le rôle de l’école et des enseignants, la rencontre de quelques artistes et d’équipes pédagogiques investies, la motivation de ces jeunes et l’accompagnement parental ont apporté une proposition de réponse, celle d’une école ouverte sur la cité, préparant à l’exercice de la citoyenneté. Et si le théâtre avait toute sa place dans l’éducation ? Le théâtre enseigné mais aussi le théâtre vécu. Si la rhétorique ne fait plus partie des programmes de l’éducation nationale depuis longtemps, déconstruire un texte puis en reconstruire une interprétation, revenir au fond du propos et chercher les intentions des personnages à la rencontre des émotions d’un public pourrait être un formidable détour d’apprentissage. Libre à chacun de se frotter ici et maintenant au spectacle vivant. Et pourquoi pas ce soir ?

Thomas Litou


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